Fiche d’identité du requin pèlerin
Le requin pèlerin (Cetorhinus maximus) est le seul représentant de la famille des Cetorhinidae et appartient à l’ordre des Lamniformes. Pouvant atteindre 12 mètres de long pour un poids d’environ cinq tonnes, il est le plus grand poisson au monde après le requin baleine.
Plus grand poisson au monde après le requin baleine et plus grand poisson de l’Atlantique Nord, il a un corps fusiforme et peut atteindre une longueur de 12 mètres pour un poids d’au moins 4 tonnes. Sa couleur varie du brun grisâtre au gris ardoise plus ou moins foncé. Les flancs sont souvent marbrés et la face ventrale plus claire.
Les cinq longues fentes branchiales présentes des deux côtés en arrière de la tête et faisant presque tout le tour du corps de l’animal, sont caractéristiques de l’espèce. La hauteur de ces fentes diminue de l’avant vers l’arrière de l’animal.
La gueule est grande et occupe presque toute la largeur de la tête. Chaque mâchoire porte 3 à 7 rangées d’environ une centaine de minuscules dents dont la fonction reste inconnue. En effet, le requin pèlerin appartient au groupe très fermé des requins filtreurs de zooplancton (seulement trois espèces connues). Il est totalement inoffensif.
Distribution géographique
L’espèce semble fréquenter principalement les eaux du plateau et du talus continental des zones tempérées et froides des deux hémisphères. Les observations sont rares au large et absentes de toutes les régions tropicales.
Mais de récents travaux tendent à montrer que l’espèce n’est peut-être pas absente de ces basses latitudes. Plusieurs requins pèlerin équipés d’une balise de suivi par satellite dans les eaux tempérées de la côte Est des Etats-Unis ont en effet gagné les Caraïbes en quelques mois en restant dans les eaux froides des profondeurs.
Comportement et alimentation
Malgré une vaste aire de répartition, les rencontres avec un requin pèlerin sont rares, sauf dans quelques secteurs côtiers où ce poisson peut être observé en train de se nourrir en surface au printemps et en été, parfois très près des côtes. On peut alors les croiser nageant, seul, à deux ou en petits groupes. Seuls l’aileron dorsal et l’extrémité de la nageoire caudale dépassent de l’eau, parfois le bout du museau pour les jeunes individus. Exceptionnellement, des groupes comptant plus de cent individus ont été observés.
En nageant lentement la gueule ouverte, ce géant débonnaire filtre l’eau pour récupérer le zooplancton. Il s’agit en effet d’une des rares espèces d’Elasmobranches planctonophages. Il dispose pour cela d’organes particuliers situés au niveau de l’appareil branchial. Ces peignes branchiaux, organes s’apparentant aux fanons de baleines, jouent le rôle de passoire et retiennent ces petits animaux microscopiques. Grâce aux études récentes, on sait désormais que le requin pèlerin ne cherche pas sa nourriture au hasard. Il préfère les eaux très riches en petits crustacés planctoniques : les copépodes. En revanche, on ne sait pas encore comment il détecte ces zones.
Reproduction
On ignore quasiment tout de sa reproduction. Le requin pèlerin serait ovovivipare. Après l’accouplement et une gestation estimée à au moins un an, peut être trois, plusieurs jeunes de 1,5 mètres seraient mis au monde. Ces jeunes sont issus d’œufs qui se sont développés et ont éclos dans l’utérus de la mère.
Aucune scène d’accouplement n’a jamais été observée. Seuls des comportements qualifiés de pré-copulatoires ont été décrits. Ces derniers feraient supposer que les accouplements ont lieu à la fin du printemps ou en été.
C’est au moment de ces interactions que plusieurs requins peuvent être vus nageant en file indienne, laissant apparaître au dessus de la surface plusieurs nageoires ondulantes. Ces apparitions ne sont certainement pas étrangères aux récits sur les serpents de mer qui se sont accumulés depuis le Moyen-Age.
Migrations
Là encore le requin pèlerin n’a pas encore dévoilé tous ses mystères. Les scientifiques connaissent en effet encore mal la nature de ses déplacements. On sait qu’il entreprend de façon saisonnière de longs voyages. Il peut en effet parcourir plus de 3 000 km en quelques mois.
Le requin pèlerin se déplace aussi de la surface vers le fond. Il est capable de plonger à plusieurs centaines de mètres.
On suppose que ses déplacements sont guidés par la recherche de nourriture. S’il se laisse observer quand il se nourrit en surface au printemps et en été, on ne sait pas vraiment où il passe l’hiver.
Exploitation et conservation
Le comportement indolent du requin pèlerin ainsi que sa tendance à passer du temps en surface, près des côtes, en ont fait une ressource facilement accessible. Si la pêche ciblée des requins pèlerin est aujourd’hui complètement arrêtée, laissant espérer un rétablissement des populations, l’espèce n’en reste pas moins vulnérable et menacée.
Le requin pèlerin a été pêché un peu partout dans le monde durant plus de 200 ans. Sa chair était consommée mais c’est surtout pour son énorme foie riche en huile qu’il était recherché. Or avec une croissante très lente, une maturité sexuelle tardive, mais aussi une gestation longue et une fécondité faible, cette espèce est particulièrement sensible à la pression de pêche. Aujourd’hui encore, les populations anciennement exploitées ne se sont pas reconstituées. La pêche volontaire est aujourd’hui complètement arrêtée mais l’espèce n’en reste pas moins vulnérable et menacée. Des requins pèlerin sont en effet chaque année victimes de captures accidentelles ou de collisions.
Ce poisson ne figure pas sur la liste des espèces protégées par la loi française mais est inscrit depuis 1996 sur la liste rouge de l’UICN (Union mondiale pour la nature). Lors de l’évaluation de cette liste en 2000, les sous-populations du Pacifique Nord et de l’Atlantique Nord Est ont été inscrites comme « en danger ». Ces évaluations prennent en compte les déclins rapides des populations exploitées par le passé et le lent renouvellement de ces populations liÃé à la biologie de la reproduction de l’espèce. La mortalité liée aux captures accidentelles qui se produisent dans le monde entier et la menace d’une reprise de pêches ciblées motivée par la demande d’ailerons sur le marché international ont également conduit à ces inscriptions.
Cette prise de conscience a permis de faire évoluer le statut de l’espèce de façon significative dans certains pays et s’est traduite, au niveau international, par l’inscription sur différentes conventions :
L’inscription sur l’annexe II de la convention internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) est effective depuis le 13 février 2003. Elle permet de mieux surveiller et mieux gérer le commerce international en imposant la présentation d’un certificat pour toute exportation et importation d’un requin pèlerin entier ou de produits issus de ce requin tels que les ailerons.
Les inscriptions sur d’autres conventions internationales ( Unclos, Barcelone, Berne, Ospar et Bonn) - qui elles n’offrent pas de statut de protection - incitent les pays signataires à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger l’espèce sur leur territoire et à mettre en place des collaborations pour favoriser la conservation de l’espèce.
Enfin en Europe, ce n’est que depuis décembre 2006 qu’il est interdit aux navires communautaires et aux navires de pays tiers de pêcher, de conserver à bord, de transborder et de débarquer des requins pèlerins dans toutes les eaux européennes. Ce règlement s’applique aussi hors de ces eaux pour les navires communautaires.
Le statut du requin pèlerin montre bien que la vulnérabilité de l’espèce ne fait aujourd’hui plus aucun doute et qu’elle est reconnue par la quasi-totalité de la communauté internationale.
Du temps où l’on pêchait le requin pèlerin en Bretagne
Il faut attendre les années 1930 pour que la littérature scientifique relate régulièrement la présence du requin pèlerin près des côtes bretonnes. C’est à cette époque que l’espèce a commencé à susciter l’intérêt de la communauté des pêcheurs de la côte sud de la région - ce qui confirme une présence relativement importante de l’espèce. Une pêcherie artisanale a débuté en 1942 pendant la guerre, période durant laquelle toutes les matières premières manquaient. Le requin pèlerin est alors devenu la base de toute une économie de subsistance. L’huile extraite de son foie servait à confectionner des lampes de fortune ou du savon en la mélangeant à de la soude caustique. On l’utilisait également pour la friture malgré la fumée noire qu’elle répandait et son odeur nauséabonde. La chair était parfois consommée et les déchets servaient d’engrais pour les terres agricoles.
Après la guerre, cette pêche est devenue un complément de revenu saisonnier pour les pêcheurs de Bretagne Sud et s’est poursuivie jusqu’au début des années 1960. À cette époque, les requins étaient encore bien présents dans le secteur au point que l’année 1957 marque même le début d’une pêcherie un peu plus industrielle. Deux bateaux concarnois furent armés de canons lance-harpons pour pratiquer la pêche au requin pèlerin. Une centaine de requins pouvaient alors être pêchés par saison. Ces navires auront prolongé l’exploitation commerciale du requin pèlerin dans la région durant une trentaine d’années, le dernier harponnage en Bretagne datant de mai 1990.

